UnJailPi - Raspberry Pi, liberté et vie privée

Dans le monde numérique les notions de vie privée, de liberté de communication et d’expression, sont trop souvent bafouées. A leur insu, des citoyens sont surveillés et espionnés massivement par des entreprises privées et des états. Les journalistes ne peuvent pas faire leur travail en toute confiance et leurs sources sont menacées. Ces problématiques sont désormais de plus en plus connues et mieux comprises grâce au travail d’associations, de collectifs ou d’individus comme Edward Snowden.

Aujourd’hui, il y a un besoin urgent de restaurer l’équilibre du côté des droits et des libertés numériques. Cela passe par des systèmes et des technologies faciles à prendre en main et rapidement opérationnels.

UnJailPi fait partie de cet catégorie d’outils.

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UnJailPi est un nano-ordinateur complètement autonome et transportable.

Il est capable de créer un point d’accès sécurisé à l’Internet - de contourner des mécanismes de filtrage - de chiffrer une connexion vers un réseau personnel - de rendre une navigation web anonyme - de brouiller le repérage géographique - de bloquer l’étude des habitudes de navigation - de nettoyer et d’accélérer votre connexion - d’empêcher la surveillance et l’analyse de traffic - de vous permettre de contourner la censure.

Dans des situations sensibles pour des journalistes, des activistes ou des lanceurs d’alerte, le système peut être installé et opérationnel en quelques minutes à partir d’une image préconfigurée. La carte SD, avec ses données sensibles, peut s’enlever facilement et être détruite en quelques secondes. Sans le système, le matériel deviendra inutile.

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Techniquement UnJailPi agit comme un routeur Ethernet Wi-Fi. Son point d’accès est chiffré par une clef aléatoire qui se modifie à la demande et à chaque démarrage.

Il se connecte à l’Internet soit via un point d’accès Wi-Fi public, une connexion 3G, un modem affilié (comme un smartphone connecté en USB), un réseau filaire ou une box ADSL. Il créé ensuite son propre point d’accès Wi-Fi sécurisé partagé sur lequel vous viendrez connecter votre ordinateur, votre smartphone ou tout autre périphérique connectable quelque soit le système d’exploitation et sans installation supplémentaire. Toutes les fonctions sont automatisées. Son Interface de contrôle principale est tactile et intuitive. Elle offre de multiple façons de se connecter comme par exemple via un QR Code. Il s’alimente avec un chargeur de téléphone, possède une batterie intégrée (environ 4h d’autonomie) et une batterie externe (environ 8h supplémentaires).

En accord avec ses objectifs d’autonomie et de liberté, le projet utilise du matériel ouvert (comme le Raspberry Pi) et uniquement du Logiciel Libre. Il peut ainsi être contrôlé, audité, assemblé, modifié et amélioré par la communauté.

Par le choix de composants compatibles et interchangeables, il promeut le DIY (Do it yourself) et le UIY (Upgrade It Yourself) garantissant sa durée de vie, sa facilité de réparation et les évolutions en fonction des besoins.

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Interview de Captain Stouf

Stéphane aka Captain Stouf, est le maker à l’origine de l’UnJailPi. Il a fondé Arcadia Labs, sa solo-entreprise. Il promeut une production respectueuse des philosophies hackeur, libriste et maker et publie ses articles sur le site Hardware-Libre.

Bonjour Stéphane et merci de m’accorder cette interview pour parler de ton projet, l’UnJailPi.

Bonjour F., merci à toi pour l’intérêt que tu portes au projet.

Tout d’abord, peux tu nous évoquer ton parcours ? Il me semble que tu as acquis une longue expérience dans la partie technique, le dépannage et l’assistance aux utilisateurs ?

C’est exact. J’ai attrapé le virus très jeune. J’ai toujours adoré démonter les appareils électroniques, en premier lieu pour comprendre leur fonctionnement.

Vers la vingtaine, cette passion pour l’informatique et l’électronique m’ont ouvert les portes de mon premier « vrai » poste chez Compaq, en Suisse. J’ai depuis enchaîné les postes d’assistance technique et de dépannages, dans diverses structures publiques et privées, grandes et petites.

D’un côté l’approche numérique des utilisateurs, de l’autre les besoins d’exercer ton métier dans le cadre de politiques informatiques. Quels enseignements en as tu tirés ?

L’informaticien est souvent incompris !

L’approche de l’utilisateur, l’approche du service informatique, et l’approche de la hiérarchie sont souvent contraires : l’utilisateur veut du pratique / facile, la hiérarchie veut du rentable, et le service informatique veut du sécurisé / efficace. Ces 3 approches sont bien souvent assez difficilement compatibles.

Bien souvent, l’utilisateur et la hiérarchie ne se rendent pas compte de la complexité du métier, et qu’une tâche qui leur paraît simple ne se résout pas toujours grâce à un simple clic de souris. Beaucoup on du mal à comprendre que l’informatique représente des centaines de domaines d’expertises, et que ce n’est pas parce qu’on sait diagnostiquer une panne en 30 secondes qu’on est également un expert en Excel…

L’utilisation de petites astuces, comme par exemple parler de choses complexes avec des termes simples, permet de réduire cet écart de langage.

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Et ton parcours extra professionnel ?

Depuis pas mal de temps, je développe autour du jeu vidéo : mods, outils, périphériques matériels spécifiques, etc… Je passe souvent plus de temps à développer autour d’un jeu qu’a y jouer réellement…

J’aime également beaucoup la robotique, l’espace, la photo, et je suis musicien. J’ai au moins un projet en cours de réalisation dans chacun de ces domaines…

Sinon, avec 3 amis, nous sommes en train de monter un Fablab/Hackerspace dans notre petite ville.

Qu’est ce qui a déclenché le projet UnJailPi ?

J’ai adoré le concept du Raspberry Pi quand je l’ai vu, et quand j’ai eu mon premier, cette utilisation comme « routeur autonome » pour héberger ce qui était encore dans un ordinateur portable, m’a semblé complètement évidente.

Quelles ont été tes premières motivations, les premières fonctionnalités que tu voulais intégrer ?

Il y a quelques années, mon poste de responsable informatique dans une entreprise m’a amené à avoir des serveurs distants à gérer. Un pare-feu, entre les deux, m’en empêchait. Après plusieurs demandes d’ouverture de port restées sans réponse, j’ai finalement mis en place un proxy OpenVPN à l’extérieur de l’entreprise, qui m’a permis d’accéder à mes serveurs distants.

Je me suis également vite rendu compte que ce proxy VPN me permettait de contourner un filtre présent sur le réseau 3G de mon fournisseur mobile, qui empêchait d’utiliser le « vrai » internet complet.

Ma connaissance de l’informatique m’a très vite appris le pouvoir d’Internet, mais aussi ses risques, notamment concernant la vie privée (je n’ai pas de Facebook ni de Twitter, par exemple). Même si je ne l’utilise qu’assez rarement, la présence de Tor dans le même appareil me semblait assez logique.

Il existe une offre technologique libre et alternative de plus en plus abordable et connue qui va jusqu’à des systèmes complets et spécialisés comme TAILS. Avec FreedomBox, Onion Pi, et d’autres, l’offre matérielle s’élargir. Certains y voit même des opportunités commerciales qui finissent mal.

J’ai découvert ton projet via le concours The Hackaday Prize contest où tu es arrivé demi-finaliste. Félicitations ! Dans cet environnement, comment se positionne UnJailPi ?

Merci ! Alors qu’il existe effectivement plusieurs produits ou projets centrés autour de la protection des données et de la vie privée, la plupart s’adresse a un public spécifique, ayant déjà des connaissances poussées dans le domaine. A ma connaissance, il n’existe pas encore de matériel spécialement conçu pour des publics non avertis. UnJailPi tente de combler ce manque.

L’UnJailPi s’adresse donc à un large public d’utilisateurs.

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Avec la nouvelle tendance technologique, économique et marketing de l’Internet des objets, les gens sont encouragés à trouver normal de diffuser leurs données à des tiers, à ne plus essayer de comprendre comment ça marche et à rechercher avant tout la facilité.

L’adoption d’outils qui augmentent la sécurité personnel est toujours bénéfique, mais l’illusion de la sécurité est une menace sans une prise de conscience. Dans le domaine de la sécurité, la complexité est considérée comme normale et l’effort personnel nécessaire pour acquérir des compétences, forger des comportements, des pratiques et des outils. Culturellement, on se méfie de la facilité, de l’automatisation et des solutions intégrées.

Une discussion s’est justement ouverte sur les objectifs de ton projet, autour de ces thèmes, peux tu nous résumer ta position ?

Un appareil aussi sensible et mobile ne doit pas et ne peut pas être 100 % automatique, effectivement. Je pense personnellement qu’un appareil de ce genre, s’il est destiné à un public non spécialiste, ne peut pas se présenter sous la forme d’un simple routeur.

L’écran graphique tactile apporte une couche de sécurité, en nécessitant un accès physique, mais permet aussi d’adapter sa configuration sans devoir passer par une interface web ou un accès SSH. Il permet également une utilisation suffisamment simple (voire ludique) pour être accepté du grand public, selon moi.

Un des enjeux de ce projet est de déterminer les paramètres de configuration qui doivent rester fixes ou inaccessibles, de ceux qui peuvent/doivent être modifiables par l’utilisateur.

Concernant la sécurité, la version finale adoptera la politique « on refuse tout » avec différents profils restrictifs pour différentes utilisations (consultation web, emails, ftp…). Cela permet également de limiter les comportements à risques, comme par exemple, télécharger en torrent en passant par Tor.

Tu participes aussi à certaines manifestations comme les RMLL, tu publies régulièrement sur ton site et sur Hackaday. Quels sont les retours ?

Les retours sont pour le moment positifs, mais proviennent principalement d’utilisateurs, et non de développeurs. Depuis ces derniers mois, je relève un intérêt croissant concernant ce projet, ce qui me confirme que le grand public est de plus en plus concerné par les questions de sécurité et de vie privée.

Cela dit, je regrette un peu que 80% des questions provenant d’utilisateurs français concernent les possibilités de contournement d’Hadopi… ce qui n’est pas le but du projet…

UnJailPi existe à l’état de prototype, pleinement fonctionnel. Peux tu nous détailler les caractéristiques de la version finale ?

La version finale du prototype devrait être plus petite, plus légère et comporter moins d’éléments matériels. Par exemple, la carte wifi principale sera intégrée, ainsi que la batterie.

Je désire cependant rester totalement compatible avec le Raspberry Pi et les cartes du même genre. L’appareil doit rester constructible relativement facilement par ceux qui le désirent.

Les fonctionnalités en plus (ou en moins) dépendront principalement des retours qui me seront éventuellement faits.

Les prototypes actuels ne sont justement pour le moment que des prototypes : le code et le matériel sont en constante évolution, d’une part sur la base des suggestions qui me sont faites, d’une autre part sur l’évolution des outils et des législations.

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Fais tu des différences entre open hardware et hardware libre comme c’est le cas dans le logiciel avec l’Open Source et le Logiciel Libre ?

Philosophiquement, j’ai une tendance naturelle à adhérer aux idées de liberté défendues par le Libre et la Free Software Foundation. D’un autre coté, je pense également que tout logiciel ou matériel devrait être au maximum Open Source`_, justement pour garantir cette liberté, pour des questions de sécurité et tout un tas d’autres raisons.

Dans l’absolu, tout devrait être Open Source et Libre…

Le Raspberry Pi B semble être le modèle de prédilection, en parallèle tu travailles sur une version à base de Banana Pi. Envisages tu d’autres plate-forme ou d’autres déclinaisons ? (À ce propos c’est ton article qui m’a fait acheter un BPI ;)

Le code devrait fonctionner facilement sur les cartes OlinuXino, BeagleBoard, Cubie etc, compatibles Linux à base Debian, disposant d’un écran tactile. L’intérêt est double :

  • l’éventail de matériel compatible est large, ce qui permet à un maximum de personnes de l’utiliser avec le matériel dont ils disposent
  • je peux, de mon coté, adapter l’appareil à différentes demandes (comme un boitier plus orienté ethernet que wifi)

La carte BPi-Pro, devrait être ma carte finale principale. J’en ai un prototype entre les mains, et elle présente tout ce que je recherche.

La carte BPI-R1 intégré un switch 4 ports 1Gb tu l’envisage pour une version client plus orienté pour des connexions filaires ?

L’idée d’une version avec un routeur filaire à la place du point d’accès wifi m’a été soumise lors d’une présentation d’UnJailPi.

La carte BPi-R1 semble être une excellente candidate (la seule?) avec ses 5 ports ethernet et sa carte wifi intégrée.

J’en ai une à disposition depuis peu, je n’ai pas passé beaucoup de temps dessus, mais cela me semble très prometteur.

Coté logiciel, la distribution est sur une base Debian, Raspbian. As tu appliqué des modifications, des optimisations ou des configurations particulières ?

Je travaille à la réduction au minimum des composants de la distribution. Comme il a été rappelé lors du concours, tout élément non nécessaire est une faille potentielle.

Les autres optimisations consistent principalement à réduire autant que possible la consommation électrique.

Les autres modifications concernent principalement le support de différents écrans tactiles, sur toutes les cartes concernées.

Tu envisages peut être de la remplacer par une distribution minimaliste comme Moebius ? Pourquoi pas une Arch Linux ?

J’envisage effectivement d’étudier le passage à Moebius ou une distribution minimaliste équivalente. J’avais testé rapidement Moebius sur le prototype mais j’ai laissé de coté face aux besoins du concours.

Je n’ai aucune compétence sous Arch Linux, mais l’idée m’intéresse aussi depuis assez longtemps.

Ces deux systèmes ont l’avantage d’être relativement compatibles avec les petits écrans tactiles tels que ceux que j’utilise, ce qui n’est pas forcément le cas avec une distribution orientée routeurs comme OpenWRT.

Mettre à jour est une des pratiques de sécurité indispensable. Comment envisages tu les mises à jour ?

Les composants logiciels sont ceux qui proviennent des dépôts officiels. Il est donc facile de les garder à jour avec une vérification régulière, par exemple dès qu’une connexion internet est détectée.

Le script principal quand à lui est pour le moment hébergé dans un dépôt Git. Il est facile de le tenir à jour de la même manière. A petite échelle, cela fonctionne bien, mais une autre solution, plus robuste, devra sûrement être envisagée si l’appareil se multiplie.

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Quels sont les logiciels installés les plus importants ?

OpenVPN, Tor, Python + Pygame, iptables, dnsmasq, hostapd. OpenSSL, mais il est possible que je remplace ce dernier par un de ses forks comme LibreSSL.

Peux tu nous détailler tes développements spécifiques ?

Pour la partie logicielle, le principal développement concerne le script d’interface. Ce script contrôle tous les autres composants, d’iptables à OpenVPN, modifie les fichiers de configurations, mesure la charge de la batterie, etc. C’est le cœur, ou plutôt le cerveau du système. Je suis d’ailleurs encore assez loin d’avoir implémenté toutes mes idées…

Le chiffrement est présent à plusieurs niveaux. Qu’en est il des partitions et du système de fichiers ? Y a t il du LUKS quelque part ?

Une fonction de chiffrement complet du système est envisagée, mais c’est à priori un gros chantier qui méritera réflexion un peu plus tard.

Et concernant le pistage ? Tor pour l’adresse IP, les filtres pour le nettoyage de cookies et sessions, mais pour le calcul d’empreintes (adresses MAC, UAS) ?

De même que le SSID et la clé de sécurité wifi aléatoires, j’ai également mis en place une fonction d’adresses MAC aléatoires. Cette fonction n’est cependant pas encore activée.

C’est d’ailleurs dans ce domaine que je recherche un avis expert.

As tu prévu un kill switch ou bien la destruction physique de la carte sera la seule option ?

Un bouton matériel permet l’arrêt propre du prototype en 8-10 secondes et un arrêt d’urgence en 2 secondes.

Je pense à ajouter une fonction dans l’interface pour formater en urgence la carte, mais je ne sais pas si cette idée est viable, notamment en raison du temps qu’un formatage efficace peut demander.

Si OpenVPN ou Tor ne sont pas activés, quel est l’avantage de se connecter par UnJailPi ?

Le filtre bloqueur d’IP et domaines, semblable à un adblock en plus restrictif, reste actif. Le pare-feu est également en mode « tout bloqué ». Dans la prochaine version logicielle, des profils pare-feu prédéfinis permettront un contrôle plus fin des services à autoriser.

Dans les derniers prototypes tu as abandonnés certains services et options, par exemple OwnCloud ou la caméra. Pour quelles raisons ?

J’ai jugé que ces fonctions n’étaient pas nécessaires à un appareil uniquement orienté sécurité.

L’absence de serveurs HTTP, PHP, SQL, me semble importante quant à la sécurité de l’appareil.

L’utilisation d’une carte SD ou une mémoire flash n’est également pas très compatible avec un serveur SQL nécessaire à OwnCloud. Les cartes Banana Pi ont cependant un port SATA 2,5” et la puissance nécessaires, il n’est donc pas exclu qu’une version intègre OwnCloud de nouveau (notamment sur le modèle doté de 5 ports ethernet).

Le contournement du filtrage, le chiffrement des communications, l’accès à un réseau personnel se fait via OpenVPN. Cela nécessitera une installation et un paramétrage sur le poste en sortie, une opération qui complexifie la prise en main ?

C’est exact, le client OpenVPN requiert un serveur et l’échange de quelques informations entre les deux initialement. C’est une étape que j’essaie d’automatiser, avec échange des clés et autres paramètres par SSH au moment de l’installation, afin de simplifier au maximum la mise en route. C’est une des parties en chantier, et qui n’est pas encore très avancée.

Justement tu parles d’une version serveur d’UnJailPi que l’on intégrerai facilement sur son réseau de confiance @home par exemple ?

Exactement. Actuellement, un second Pi joue le rôle de serveur VPN @home. J’étudie depuis peu la compatibilité avec les NAS Synology, mais un PC fait également l’affaire.

En complément d’autres services seront ils présents par défaut ? Je pense notamment à des proxy SOCKS SSH. Je pense par exemple à sshuttle qui réduit considérablement le besoin de paramétrage du point de sortie. Un simple service ssh, pas de configuration particulière ni de droits d’administration. Il a de plus l’avantage de faire passer les requêtes DNS dans le tunnel.

Je pense intégrer Privoxy pour remplacer le filtre web, et un client tunnel SSH, effectivement. Sshuttle semble être une solution particulièrement élégante, mais je n’ai pas encore creusé suffisamment la question pour décider si je l’intègre ou pas.

Comment fonctionne les règles automatiques au niveau du firewall ?

Le script principal adapte les règles iptables en fonction des paramètres choisis, des interfaces réseaux connectées, et des services lancés. Pour le moment les règles sont fixes et s’adaptent en fonction de mon utilisation : web, mail, ssh, ftp.

Je travaille sur un système de profils, qui permettront d’adapter le pare-feu à un/des service(s) en particulier tout en bloquant le reste.

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La connexion directe sera-t-elle facilitée: je branche un clavier, lance un terminal avec retour sur l’écran, ouvre une session, lance ssh, un navigateur ou n’importe qu’elle commande ?

La connexion directe à un terminal de l’appareil via son écran et un clavier USB est déjà fonctionnelle, un menu de l’interface permet d’ailleurs le passage en mode console. J’espère cependant pouvoir continuer à m’en passer en utilisation normale.

Pour les utilisateurs avancés, les bidouilleurs, les hackers, tu travailles sur une édition hardcore ?

Cela me semble presque incontournable, en fait…

Comment se passe la sélection du point d’accès ?

Une partie (très peu avancée) de l’interface permet de se connecter à un point d’accès ouvert.

Après plusieurs mois d’utilisation, je me rends compte que je me connecte à un point d’accès relativement rarement, j’utilise plutôt la 3G via un smartphone en USB ou directement un réseau ethernet.

Les rares occasions ou je dois me connecter à un point d’accès sécurisé, utiliser le smartphone comme passerelle est finalement plus simple.

Cela dit, cette dernière solution n’est pas viable pour des utilisateurs non spécialistes, il faudra donc que j’améliore cette partie de l’interface tôt ou tard.

Quels languages de programmation as tu utilisé ?

Presque exclusivement Python. Également un peu de bash et de C.

Ton apprentissage de Python c’est déroulé au fil de l’eau pour toute la partie interface tactile. Notamment avec la bibliothèque pygame.

Tout à fait. Pygame présente l’avantage de pouvoir créer des interfaces particulièrement jolies, sans nécessiter un gestionnaire de fenêtres. J’avais quelques rudiments de Python, c’est donc ce qui m’a attiré en premier lieu.

Quels sont tes modules python préférés ?

Pygame, évidemment. Dans un autre domaine, j’aime également beaucoup les possibilités offertes par python-opencv.

Tu utilises le couple apache / php pour une partie du paramétrage avancé. Cette option est elle toujours présente ? Y aura t il un autre moyen comme la ligne de commande ?

Non, l’interface web de configuration qui était présente dans les premières versions a été supprimée. Il m’a semblé plus judicieux de tout réunir dans l’interface principale tactile, qui nécessite un accès physique. Cela permet aussi de supprimer apache, php et SQL.

Python propose des micro-frameworks comme Flask qui peut être une alternative légère à php et s’intégrer facilement à ton architecture.

Si je dois réintégrer une interface web légère, je pense effectivement à ce genre de frameworks.

Que reste-t-il à faire pour finaliser le projet ?

J’ai encore quelques fonctions à rajouter en priorité, comme le choix du/des serveurs DNS et les profils firewall.

Cette étape terminée, j’aimerai faire tester / auditer l’appareil par des personnes compétentes.

Parallèlement, le portage vers la carte Banana Pro devrait être achevé, et je pourrai (enfin) travailler sur un boitier digne de ce nom.

Tu rencontres des difficultés particulières pour y arriver ?

Effectivement : entre les développements hardware, software, les fonctions réseau qui deviennent particulièrement complexes à mettre en place, et mes récentes tentatives de modélisation 3D du boitier (je découvre cette partie), le projet n’avance pas aussi rapidement que je le voudrais, malgré le temps considérable que je passe à le développer. L’idéal serait que je trouve un soutien financier, cela me permettrait d’y dédier les ressources nécessaires (en temps et en matériel).

Comment peut-on t’aider ?

Prioritairement, en m’apportant des avis, des conseils. J’ai la tête dans le guidon, je manque parfois d’une vision plus large. Une aide sur la partie réseau ne serait pas non plus superflue.

Sur un autre terrain, j’ai déjà eu plusieurs propositions de partenariat ou de financement, mais je n’ai pas les moyens de m’offrir les services d’un avocat spécialisé dans ces questions, afin de négocier un futur contrat. C’est un très gros problème actuellement.

Enfin, toute contribution, offre d’aide au développement de la partie réseau, suggestion, remarque, (offre de job ? ^^) est évidemment la bienvenue, soit via Hardware-Libre, soit par mail : unjailpi@arcadia-labs.com

Parles nous de la diffusion ? Si j’ai bien compris tu penses à une campagne de crowdfunding, quelles seront les contreparties ?

En fait, je m’éloigne petit à petit de cette éventualité, qui ne me semble pas totalement adaptée à un appareil de ce type (plusieurs campagnes concernant des routeurs Tor ont d’ailleurs récemment rencontré l’échec).

Je préfèrerai une approche plus ‘communautaire’ pour le modèle basé sur le Raspberry Pi, et une commercialisation d’un second modèle plus performant et ‘pro’, soit artisanalement, soit en partenariat avec une entreprise. Je suis d’ailleurs ouvert à toute proposition !

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Une date de sortie ?

Courant 2015, j’espère. Mais cela dépendra de l’évolution des outils, et des législations : la politique de sécurité que différents gouvernements veulent mettre en place (interdiction du chiffrement, backdoors obligatoires, etc…) pourrait bien tout changer.

Dans un deuxième temps tu envisage une commercialisation au sein d’Arcadia Labs ?

C’est possible, mais la structure d’Arcadia Labs (auto-entrepreneur) permet difficilement la commercialisation de produits, notamment à cause de plafonds annuels très bas et une fiscalité très élevée dans ce cas de figure. Ce n’est pas ma priorité.

Mettras tu à disposition l’ensemble des sources, des plans et les instructions ?

Bien sûr, dès que j’aurai déterminé une source de financement ou une méthode de distribution.

Y aura t il des difficultés particulières pour assembler et modifier sa propre version ? Comme l’acquisition de pièces matérielles spécifiques, je pense au boitier par exemple ? Des kits, des personnalisations ?

Concernant le modèle ‘communautaire’, il sera constructible facilement grâce à des éléments répandus : Raspberry Pi, carte d’alimentation provenant de la société grecque PiModules, écran compatible, et boitier sous licence Creative Commons ou similaire.

Je prévois également de fournir un kit ‘prêt à monter’ comprenant tous les éléments nécessaires.

Les personnalisations sont envisagées au cas par cas, pour le moment.

Tu as des contacts avec des entreprises ?

Oui, quelques uns : une société hollandaise spécialisée dans le développement appareils dédiés à la sécurité informatique, et plusieurs sociétés suisses (j’ai d’ailleurs récemment fait une présentation du projet à HP-Suisse). Ces sociétés semblent cependant attendre une version finalisée à 100% et ne semblent pas intéressées à prendre part ou investir dans le développement.

Vas tu participer à des événements comme le FOSDEM, les RMLL où l’on pourra te rencontrer, découvrir l’UnJailPi ?

Oui, si mes finances personnelles le permettent.

Quels sont tes prochains projets ?

Je travaille depuis assez longtemps sur un projet domotique ouvert, que j’ai un peu laissé de coté pour travailler sur UnJailPi.

J’ai également un autre projet particulièrement avancé : un appareil photo libre basé sur Raspberry Pi (encore !) qui permet timelapses, détection de mouvements, pilotage d’un Reflex et plein d’autres choses.

Stéphane, merci encore pour cette conversation.

Merci à toi pour ces questions et l’intérêt que tu portes au projet !

UnJailPi est un objet engagé dans la défense des libertés numériques et la protection de la vie privée mais au delà, ce projet porte haut les valeurs de son concepteur.

Publié le 2015-01-28 sous licence libre CC BY-SA

La présentation a été compilée et adaptée librement à partir des présentations officielles sous licence CC BY-SA: