Christopher Dombres l’interview du hacklustrateur

Interview de Christopher Dombres illustrateur bricoleur et libre.

Bonjour Christopher et merci d’avoir accepté et pris le temps de cette interview.

Pouvez vous nous retracer votre parcours ?

Je suis parti de Sète, ensuite en Angleterre, pendant 3 ans, retour à Sète, puis Loupian, un petit village Gallo-Romain perdu dans la campagne, encore l’Angleterre au Pays de Galles une année, puis Sète, puis Paris environs sept ans, Carcassonne, pendant sept ans aussi (mais bien plus drôle que Paris) et enfin Sète où j’aimerai bien pouvoir rester maintenant (une ville idéale pour les vieux).

Vous vous définissez, comme, je cite, ‘bricoleur’ ou ‘bricologiste’, pouvez vous nous éclairer ? Est-ce une une technique secrète ?

C’est dans un numéro de la revue de design graphique, EMIGRE (n°38, 1996) que je découvre un article qui parle de la méthode du bricoleur concernant le graphiste. Il me donne envie d’en savoir plus sur le sujet, je développe progressivement ma propre technique de bricolage, récupération d’une icône graphique, changement d’identité et nouvelle mission. Mais comme je revendique le fait d’être un bricoleur je ne cherche pas à masquer son origine. J’essaie autant que possible de donner les sources de mes emprunts.

J’ai intitulé mon billet hacklustrateur en référence à l’éthique des hackers au sens premier. Y-a-t-il convergence entre hacker et bricologiste ?

Je suis une quiche en informatique, mais j’aime bien Richard Stallman. Il a eu une intuition il y a longtemps, le logiciel devait être libre et depuis il parcours le monde pour partager ses idées avec le plus grand nombre. J’ai découvert son travail dans les années 90 grâce au magazine WIRED.

Quelle est la motivation à l’origine de votre démarche artistique ?

Développer le marché local pour l’artiste. En France, si on veut faire quelque chose de créatif, il faut monter à Paris et quand Paris ne fait plus l’affaire, on part à l’étranger. Ainsi notre pays perd la plupart des talents qu’il forme qu’ils soient artistes, chercheurs ou créateurs d’entreprises rien n’est fait pour les retenir chez nous.

Si à Paris la situation est critique, en province elle est catastrophique, sous perfusion de l’état les politiques culturelles locales se divisent entre la conservation du folklore indigène et la construction de musées pour les collections nationales.

Pour être reconnu chez lui, un artiste Français doit d’abord être sacré à l’étranger, mais même cela ne suffit pas, le mieux est tout de même d’être coopté par le chef de l’état ou son ministre de la culture. Voilà pourquoi il faut une révolution dans ce pays. Les mauvaises habitudes des puissants reviennent vite.

Comment choisissez vous vos sujets ?

Je lis énormément l’actualité française et internationale, entre 4 à 5 heures de lecture minimum par jour, c’est de là que me viennent la plupart des idées.

Vous utilisez le détournement de matériaux graphiques (fanzines, sculptures, pubs des années 50, iconographie religieuse, gravures sur bois …) ainsi que le détournement de citations et de textes. Parlez-nous de votre méthode ?

Je suis à la fois pèlerin et explorateur. La culture passée devient une boite à image dans laquelle je puise l’inspiration, c’est un retour aux sources de mon enfance, le côté pèlerin.

L’explorateur est celui qui puise à cette source sans autorisation, sans permission et ne revendique par la suite aucune propriété sur son travail et le fait savoir.

On peut rester un pèlerin sans jamais devenir un explorateur, mais on ne devient pas un explorateur sans avoir été un pèlerin.

Concernant votre “rendu graphique”, comment qualifieriez vous votre style ? Faîte-vous parti d’un collectif, d’un mouvement ?

Je cherche à n’avoir aucun style, ce qui est une coquetterie et un effort futile, je m’astreins à une méthode que je répète pour chaque image, TITRE, VISUEL, BASELINE. L’important c’est d’être compris par le plus grand nombre, le reste c’est du décor. J’ai toujours travaillé seul, j’ai mauvais caractère et j’aime la solitude.

The style of no style disait Bruce Lee. Parlez-nous de vos influences.

Il y en a des centaines. Pour la typographique et la mise en page, Massimo Vignelli, avec son système UNIGRID, pour le graphisme Milton Glaser, pour l’esprit de provocation Oliviero Toscani, pour la réflexion sur le sens de la culture Jean Dubuffet, pour la lucidité politique Noam Chomsky, pour sa causticité Serge Halimi …

Pouvez vous nous dire quelle police de caractères utilisez vous ?

J’ai choisi Arial le mal aimé.

Sous quelles forme juridique publiez vous vos oeuvres ?

Je ne revendique aucune propriété intellectuelle sur mes dessins, en ce qui me concerne ils sont libre de droits.

Quelle est votre conception de la rétribution des artistes ? Arrivez vous à vivre de votre art ?

Après avoir travaillé dans le système, en bas et en haut de l’échelle, aucun type de rémunération ne m’a satisfait. C’est pourquoi je me suis mis à faire des sérigraphies, pour retrouver une approche artisanale, valoriser “la main”. Ainsi en vendant des affiches que je fabrique moi-même je me rémunère et surtout je peux travailler localement. L’idée est de vivre de sa production de travail manuel ou physique, apprendre aux autres à faire ou faire soi-même.

Pour justifier un revenu la présence doit être effective. Dans un système idéal, l’homme aurait deux activités, une pour le bien commun et une pour l’épanouissement personnel, tous les besoins de la société seraient comblés en permettant à tous d’y participer pleinement. Ce système impliquerait un abandon du droit d’auteur est une décentralisation totale.

Pour le moment je vis très mal de cet activité, en France c’est le prix à payer quand on refuse de vivre à Paris, mais ce n’est qu’une question de temps.

On découvre vos oeuvres via des articles et des sites. Quel bilan faîtes vous de ces utilisations ?

Mes dessins circulent pas mal, pas toujours sous mon nom mais c’est normal, l’essentiel est qu’ils remplissent une fonction quelque part, même si j’encourage toujours les gens à faire travailler leurs artistes locaux. Pour avoir une culture seine, il faut des artistes vivant localement partout et participant à la vie de la cité, Paris se porte très bien, ce n’est pas le cas du reste de la France, Internet va changer tout cela, mais c’est long. L’avenir est au local, mais la province à mauvaise presse, y faire carrière est synonyme de médiocrité. Un des pays les plus actifs culturellement et celui ou l’implantation locale des artistes est la plus forte, les USA.

Quelle est votre oeuvre la plus diffusée ?

Je crois que c’est THE BATTLE OF COPYRIGHT.

Si je vous demande de nous réciter de tête la GNU GPL v3, de dessiner les yeux fermés une tête de GNU, ou de réciter la prière de l’église d’Emacs de Saint iGNUcius ? Non, désolé. Que pensez-vous du mouvement du logiciel libre ?

J’ai énormément de respect pour le travail effectué par Richard Stallman, même si je suis totalement ignare en informatique j’ai compris le potentiel d’Internet et de la diffusion de l’activisme (culture libre, décentralisation, décroissance), j’ai compris aussi la menace que cela représente pour les états et que la guerre serait longue et souterraine. J’ai commencé à abandonner mes droits d’auteur à partir de 2005 en fonction de la taille du client. En 2008 j’ai refusé de travailler pour NIKE SB USA. Si ce type de comportement se généralise il mettra parterre la politique de pillage de talent des multinationales.

La culture libre a toujours existé dans la contre culture. Le logiciel libre, mouvement technique et éthique, a permis, par extension, de lui adjoindre un cadre juridique avec notamment des licences d’exploitations libres. Ce cadre juridique permet de publier des oeuvres libres dans le système des lois sur le droit d’auteur et du copyright anglo-saxon.

Pourquoi y a t il une fracture chez les artistes. Entre ceux qui soutiennent un copyright sanctuarisé, une protection forte presque éternelle de leurs oeuvres et ceux qui sont en “guerre contre le copyright” ?

Les artistes ne sont pas différents des autres, conditionnés par leur milieu social, il leur est très difficile d’avoir du recul et un avis objectif sur le droit d’auteur puisque tout ceux qui les rémunèrent en vivent directement.

Toute une chaine d’intermédiaire vivent grâce aux droits d’auteurs. Il leur est presque impossible d’être contre, se serait comme cracher dans leur propre soupe.

De plus la question des droits d’auteur est assez complexe. Je pense que la création comme préalable à l’innovation est un concept (religieux) qui valide l’idée de construction ex-nihilo (de l’univers) qui n’existe pas dans la nature, tout à une origine et rien ne vient de rien. Grâce à la science, nous avons Internet et grâce à Internet nous avons l’information. Avec l’information, nous pouvons remonter aux origines des innovations majeures est comprendre qu’elles sont le fruit d’une évolution graduelle et permanente depuis que l’homme existe. Il y a 5000 ans que l’homme consigne par écrit tout ce qu’il observe, et tout ce qu’engendre ses découvertes, ceux qui pensent pouvoir faire abstraction de cet héritage et revendiqué 100 % de la paternité d’une innovation contemporaine sont des escrocs, tout simplement.

En renonçant à toute propriété intellectuelle sur mes travaux et en disposant, tout en les créditant, de ceux des autres, j’ai une liberté d’expression totale, sans limites. Une liberté impossible quand on revendique la paternité et la propriété d’une idée, puisqu’on doit constamment se défendre de l’avoir volé à quelqu’un.

Quel grand artiste n’a pas été accusé à ses débuts d’être un vulgaire plagiaire, l’histoire ne retient que la période de gloire, car elle est souvent réécrite par l’auteur et ses défenseurs. La règle veut que l’authentique génie soit une création d’essence quasi divine, venant de rien et englobant tout. Picasso est un génie, Yves Saint-Laurent aussi ainsi que Charles Chaplin ou Alfred Einstein, pourtant tous ces grands hommes ne seraient pas grand-chose sans tous ceux, aussi créatifs qu’eux qui les ont précédés. C’est une évidence pour tout le monde, sauf lorsque l’on parle de droit d’auteur, là, d’un coup le créateur est seul, aucune influence externe, aucun emprunt, une pure création de l’esprit. À partir de là, tous les abus sont possibles et on arrive au système actuel ou ce sont les ayants droits qui contrôlent le destin de la culture et revendique bien haut le statut d’exception du génie afin d’en profiter financièrement le plus longtemps possible.

Les héritiers Picasso sont un exemple assez parlant. Ils ont réussi à faire de leur nom le synonyme d’une marque de voiture en moins de 10 ans, aucun plagiaire, copieur, faussaire, voleur ou escroc n’aurait pu réaliser un tel exploit en si peu de temps.

Vous semblez réfuter le mythe de l’artiste Créateur qui reçoit son inspiration d’un ciel des idées et en fait son originalité voir son génie. N’est ce pas cela qui différencie un artiste ?

Comme tout le monde, j’ai longtemps cru qu’un bon artiste était quelqu’un qui ne copiait pas les autres, en fait c’est tout le contraire. Pourtant le mythe selon lequel un grand artiste n’est pas un imitateur est tenace, même s’ il est faux. Plus l’artiste est habile et plus sa capacité à s’approprier le travail des autres est grande (Steve Jobs est pour moi un grand artiste et le plus grand voleur que la terre est compté).

Le mimétisme est le propre de l’intelligence à la base du comportement humain, le secret de notre capacité d’adaptation hors norme, l’homme copie plus vite que son ombre. C’est l’imitation qui a produit notre culture et la civilisation actuelle, pas l’invention. L’homme est guidé par la loi du moindre effort, il est plus simple et rapide de copier que d’inventer, c’est parce que nous avons compris cela que nous avons dominé toutes les autres espèces. Ce qui fait la personnalité d’un artiste c’est son vécu, son parcours, son expérience, avec une culture globalisée nous puisons aux mêmes sources, donc le résultat est souvent comparable. C’est notre perception de cet environnement qui va être différente et va donner un sens distinct à une oeuvre

Que pensez-vous de la mise à disposition des sources ? Dans le cas d’un artiste se sont les fichiers originaux des oeuvres qui facilitent la modification et l’appropriation.

Un artiste n’est pas vraiment obligé de mettre les éléments à disposition en haute définition pour que l’oeuvre puisse servir de base de travail. Moi je le fait seulement sur demande. Le libre accès à mon travail inclus le fait qu’il est aussi utilisé par ceux qui critique la culture libre.

Quels sont vos outils et les logiciels que vous utilisez ? Votre boîte de bricoleur.

J’utilise Illustrator depuis 14 ans.

Vos oeuvres sont des points de convergence de plusieurs contre-cultures. A la manière d’Antoinette 2008, je vous propose d’aborder certaines filiations de votre travail.

Vous faîtes des références aux expressionnistes, à la peinture figurative (Bernard Buffet) ou réaliste (G. Courbet), à l’art contemporain (Marcel Duchamp)… Des artistes qui ont changé les codes. Quels sont de nos jour les artistes qui comptent ?

Aujourd’hui les artistes qui comptent sont dans leur ville et leur village et essayent de faire bouger les choses chez eux, avec et pour ceux qui les entourent. L’avenir est au spectacle local et vivant. C’est la fin de l’artiste démiurge, cela n’a plus aucun sens, intellectuellement, esthétiquement, c’est finit depuis longtemps, mais les élites ont du mal à accepter que l’on casse leurs joujoux.

Au niveau musical vous semblez écouter du hardcore, punk, indé… Des musiques engagées qui sonnent finalement comme des alter égos musicaux à votre démarche artisitique ? Bravo pour l’affiche hommage à BAD BRAINS.

J’écoute n’importe quoi, des BEASTIE BOYS à JEANNE MAS. J’ai toujours associé mon travail avec celui d’un DJ concernant le sampling, je ne le mentionne pas car pour moi c’est une évidence. Pour BAD BRAINS, c’est une commande de 6PK.

Le cinéma semble prendre beaucoup d’importance, vos influences: la série B, le midnight movie, John Carpenter, Alejandro Jodorowsky, David Lynch, Stanley Kubrick, Blake Edwards

Une mère anglaise très cinéphile m’a transmis sa passion.

Peut on affirmer solennellement que Wild at Heart est le seul film correct de Nicolas Cage ?

J’aime bien Nicolas Cage, il faut voir VAMPIRE’S KISS 1989 …

J’ai cru comprendre que vous avez travaillez pour le film 99 FRANCS. Pouvez vous nous préciser votre travail ?

Frédéric Beigbeder m’a proposé d’illustrer un livre sur le tournage du film, chose faite en 2007, il contient LIVING UNDER COPYRIGHT, LE VEAU D’OR, MONA LISA

Avez-vous participez directement ou indirectement à d’autres films ?

Malgré ma passion pour le cinéma je n’ai jamais pu concrétiser quoi que ce soit. Gaspar Noé, qui aimait bien mes t-shirts, aurait voulu que je réalise une affiche pour IRRÉVERSIBLE, on a même discuté de la possibilité de faire des autocollants pour bombarder Cannes, ce n’est pas aller plus loin.

Gilles Deleuze, Michel Foucault, Friedrich Nietzsche, Adam Smith, Noam Chomsky, P.J. Proudhon… Les références philosophiques ne manquent pas. Qui lisez vous ?

les livres sont à la base de beaucoup de mes travaux, mais ce sont essentiellement des essais sur la politique, l’histoire, les sciences sociales ou l’économie.

Darwin mérite-t-il vraiment son titre poids lourd ?

Darwin cognait fort, encore aujourd’hui certains en ont mal à la tête.

Vous mettez votre talent au service de vos convictions. En faisant un petit inventaire, vous avez comme cibles privilégiées la société de consommation, les multinationales et l’industrie du luxe.

La société de consommation a tendance à s’approprier et digérer les contre-cultures pour créer des nouveaux produits, des nouveaux marchés, un nouveau conformisme. A l’inverse votre travail comporte de nombreuses réappropriations des codes visuels de la culture de masse.

Je vais prendre un exemple concret, un t-shirt réalisé pour la marque française SIXPACK qui a été interdit par HERMÈS (la maison de luxe).

En 2009 Hermès prétend pour interdire mon dessin que c’est une contrefaçon de leur marque. Je réponds que si effectivement leur logo a servi de base pour réaliser cette illustration ce n’est en aucune façon un duplicata exact de leur logo et l’objectif du dessin n’est pas de se faire passer pour un produit HERMÈS. Non seulement le visuel est différent, mais surtout il développe un discours qui lui est propre est qui n’a rien à voir avec celui de la marque de luxe.

Le thème de mon dessin est la révolution de 1871, et la composition graphique est très explicite. Le logo d’Hermès symbolise-t-il la révolte ou l’esprit de contestation ?

J’ai choisi leur logo car il illustre bien le mode de vie bourgeois à Paris vers 1871. Les éléments qui le compose sont contemporains de cette période. Mon travail est de choisir des images activent dans l’inconscient collectif et de me les approprier comme le font la plupart des artistes depuis des siècles.

Hermès fait de la publicité depuis assez longtemps pour que son logo face partie de notre paysage culturel.

En s’exposant depuis des années à travers cette publicité, Hermès court forcément le risque d’être un jour l’objet d’un commentaire, d’une critique, d’une raillerie, d’un jugement ou d’un détournement qu’elle n’aura pas sollicité.

Est-il interdit d’avoir le moindre avis sur une marque qui s’adresse au public depuis 100 ans, qui réclame son attention aux moments des fêtes pour vendre un parfum, une montre ou une écharpe de soie ?

Hermès n’hésite pas non plus à s’approprier notre culture commune pour vendre ses produits, BEL AMI est-il un parfum d’Hermès ou une oeuvre de Maupassant ?

Dans ce cas précis Hermès utilise le patrimoine collectif pour ses affaires privées depuis 1986 sans que personne y trouve à redire, pourtant qui se sert de l’autre à son profit et sans sa permission (celle de Maupassant, pas des éventuels ayants droits) ?

L’oeuvre de Maupassant à t-elle besoin d’Hermès pour exister ?

Maupassant, un critique féroce de la bourgeoisie de son temps, aurait-il apprécié d’être récupéré par une marque de luxe comme Hermès ? Personne ne s’en offusque et c’est très bien ainsi, je demande la même tolérance.

Si on doit demander la permission pour émettre un commentaire on peut dire adieu à la liberté d’expression.

Je comprends que Hermès n’apprécie pas que son logo soit détourné sans avoir donné son autorisation, mais le travail d’un artiste n’est pas de servir le propos d’une marque, même si certains le font avec talent, ce n’est pas mon choix.

Alors faut-il une loi qui interdise aux artistes de s’intéresser à certains sujets, comme par exemple le monde de l’entreprise, dont la marque est une des composantes essentielles aujourd’hui ?

Je vous cite : “The market will free you, but who will free you from the market…”. Le marché vous rendra libre, mais qui va vous libérer du marché…

L’économie de marché est encore incontournable il faut seulement l’adapter à nos besoins et contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, ils sont mesurés.

L’industrie du luxe est-elle la bague qui orne la main invisible ?

L’industrie du luxe pose plusieurs problèmes, le premier est qu’elle ne peut pas accepter l’idée de limite et qu’elle encourage le toujours plus, plus de travail pour plus d’argent pour plus de consommation. Cette conviction consumériste est en totale contradiction avec l’idée de décroissance qui commence à s’imposer comme une solution viable pour sortir de l’impasse idéologique, écologique et économique du postmodernisme. Le plus grave et le plus préoccupant dans l’immédiat est l’influence mortifère de cette idée de la perfection , vendu comme absolument nécessaire au bonheur de chacun.

La frustration est indispensable à notre équilibre mental, le manque est un moteur, la motivation qui nous pousse à avancer dans la vie. Si nos désirs sont comblés en permanence nous ne pouvons plus accepter l’idée de refus ou d’échec.

La pulsion de mort est un phénomène très présent en occident, plus particulièrement dans les pays riches, au moindre incident de parcours nous ressentons une angoisse disproportionnée qui nous fait préférer une mort rapide à une vie de souffrance que serait l’acceptation de notre propre médiocrité.

L’influence de la culture du luxe est considérable, sa force est de n’être que dans le registre de la séduction et du plaisir, le luxe c’est la tentation généralisée à tous les domaines et sans limitations aucune.

Le luxe est aussi le signe de la décadence du système de pensée capitaliste monopolistique qui élève la discrimination sociale au rang d’art.

Le luxe joue sur la rareté, l’exclusivité, des concepts dangereux, il stigmatise ceux qui n’y ont pas accès et emprisonne ceux qui lui ont succombé.

L’idée du luxe contamine toutes les couches de la société occidentale et s’attaque progressivement au reste du monde, le luxe est un poison, il faut lui trouver un antidote.

Un conseil à faire partager au illustrateurs, graphistes en puissances ?

Chacun fait ce qu’il peut, j’ai aussi eu une longue liste de clients très différents, pour dire le moins, de mon univers, entre 1990 et 2002. Je fais parti de ceux qui ont aidé à mettre sur le marché le DJ français à vocation internationale, DAVID GUETTA. J’étais à fond dans ma période, travailler plus pour gagner plus. J’ai aussi dessiné quelques couvertures pour le journal Libération, dont une qui démontrait que Saddam Hussein était une menace mondiale avec ses armes chimiques. Je travaillais alors pour la CIA sans le savoir.

Aujourd’hui je suis trop vieux pour ce genre de conneries.

Je ne connais pas votre page FACEBOOK (tm) car c’est un service que je me refuse d’utiliser. Vous avez peut-être déjà entendu certaines critiques sur les sociétés qui monétisent les données, ne respectent pas la vie privée, suppriment des données et créent une centralisation dangereuse.

J’ai une page FACEBOOK. Personnellement je n’ai rien contre, c’est l’agenda public des pauvres. Effectivement BANKSY n’en a pas besoin. Je n’aime pas l’idée d’interdire un outil, il se trouvera toujours quelqu’un pour l’utiliser et le mettre au service du plus offrant et rarement pour de bonnes raisons.

C’est comme la caméra vidéo, elle a toujours plus gênait le fort que le faible, voir l’affaire Rodney King. Le secret est le père du mensonge, il ne protège que les puissants, le faible à toujours vécu sous le regard de la rue. Pour finir, à mes yeux, la morale du faible à bien plus de valeur que celle du fort.

This is the end…

Encore merci à Christopher Dombres, un artiste intégre et intégral.