Une émission de Place de la toile qui interroge 1:

La communication numérique peut-elle être éthique ?

Cette question est posée à Fleur Pellerin 2, Ministre de l’économie numérique (entre autres) et Mercedes Erra, Directrice générale du groupe Havas (ouch’).

L’animation, la médiation et la ténacité de Xavier de la Porte et le comportement de Fleur Pellerin sont à souligner. Indépendamment d’idées et de positions discutables la Ministre est une personne accessible, posée, qui argumente, déroule son discourt tout en étant respectueuse du débat et de la parole. C’est déjà un énorme progrès ^^

La plus grosse caricature est venue du monde de la publicité, du marketing et de la comm’: Les méchants pirates volent les pauvres créatifs c’est immoral, c’est mal (..)

On ne partage pas ce qui ne nous appartient pas.

Pour cette partie du débat, épargnons nous la peine d’exposer la batterie des contre-arguments sur l’échange, le partage, le bien commun, la culture, la création etc… Ils sont nombreux, connus et auraient au moins l’intérêt d’être étayés contrairement aux affirmations et opinions.

Deux points de la discussion méritent l’attention. Je ne fait pas de citations, voici en substance les idées.

La condition sine qua none pour produire des contenus gratuits sur le net c’est la publicité!

Formidable! Grâce à la publicité nous avons accès à du contenu gratuit (libre?). On est dans la croyance, l’incantation, l’espérance ou les 3.

Monétiser du contenu n’est qu’un modèle de production et il me semble qu’au contraire que les modèles du partage, de la contribution, du don sont ceux qui dominent largement. Wikipedia 3 est un exemple qui réunit ces 3 principes de fonctionnement.
Même en zoomant sur les moyens de la monétisation, le modèle publicitaire n’est qu’un parmi beaucoup d’autres 4.

Tournons le regard vers le passé, remontant les années de l’histoire du Net et comparons les volumes de contenus librement mis à disposition, sans contrepartie, avec ceux sponsorisés par les publicitaires… Vertige, vertige.

Peut être que cette idée ne s’adresse qu’au monde économique? Qu’elle rassure sur le potentiel du nouvel El Dorado numérique publicitaire. Peut être quelle valide cette croyance que Net n’est qu’un média de télédiffusion, une télé améliorée. Le territoire réservé du marketing, de la publicité et du commerce.
Laissez faire les spécialistes et les professionnels.

L’état veut trouver des sources (importantes?) d’emplois dans le numérique, soit, mais il cède à la volonté d’uniformisation économiste. Une économie qui aiment les systèmes homogènes.
Dommage, l’Internet est hétérogène, un amas de singularités.
Les grosses entreprises font un travail d’uniformisation, deviennent les “acteurs” de poids de l’économie “réelle”. Mais il n’y a pas de masse critique où tout l’Internet deviendrait la propriété de quelques uns. Deux ordinateurs, deux cables, un protocole TCP/IP et ça repart.

Comment adapter la loi et la faire respecter sur l’Internet?

Simple! Faire appliquer la loi du pays de l’internaute qui publie; indépendamment du contexte légal de l’hébergement de la publication. Idée majeure mis en avant suite aux affaires twitter 6.

L’objectif, résoudre le(s) problème(s) entre ce que dit la loi d’un état, dont dépend un citoyen, et la loi du pays dont dépend une entreprise du net impliquée dans la publication.

Exemple d’application: L’internaute citoyen Français est soumis à la loi Française. Donc si twitter est une entreprise Américaine et possède une législation différente, elle doit faire respecter la loi Française pour les internautes Français. Logique? Cohérent?

La loi du pays X doit elle s’appliquer pour un citoyen X dans un pays Y? Comment gérer un citoyen qui part à l’étranger, publie un contenu qui est tout à fait conforme dans le pays d’accueil mais est un délit pour la loi du pays d’origine?

Une personne de nationalité X se rend responsable d’un délit dans un pays Y selon la loi du pays Y, est elle de facto protégée par loi de son pays d’origine?

Comment devrait réagir l’État Français dans une situation inverse? Quand un pays, où la liberté d’expression serait sévèrement réprimée? Un pays qui demanderait des informations sur des comptes ou la suppression de contenus hébergés en France au motif de faire appliquer sa loi nationale?

Ajoutons une couche. La loi nationale prévôt elle aussi sur les lois des pays qui hébergent les architectures matérielles ou stockent les données?. Je laisse de côté les problèmes d’architectures distribuées et de redondances (nuages?) réparties dans plusieurs pays.

Bonus: La publicité (numérique) peut elle être éthique?

Une bonne question largement esquivée par des réponses surprenantes. Les publicitaires favoriseraient la publicité consentie par l’internaute car elle est plus efficace (!?). Les (gigantesques, omniprésentes, persistantes et onéreuses) bases de données, sont peu pas ou mal exploitées — Limite ils se demandent comment s’en servir (!?).

Que penser des publicités que l’on nous “partage” de force? Peut être du vol? Le vol de notre attention, le vol de ce que nous avons de plus précieux dans la vie: notre temps.

Que penser du poids des pages alourdies par ces publicités (vidéos, images, sons)? Un parasitage de notre bande passante payé par notre d’abonnement?

Que penser de l’enregistrement, du stockage et de l’exploitation des données personnelles? Est ce aussi un vol organisé de ce qui constitue et caractérise notre personnalité, notre subjectivité? Est ce une atteinte légale à notre sphère privée?

Conclusion

Rassurons les politiques et les publicitaires, il existe des voies, des chemins, des solutions. Ce ne seront pas celles qu’ils veulent entendre — pour le moment.

Ces solutions émergent à partir de valeurs issues d’une éthique. Une éthique forgée dans le creuset d’une histoire. Des solutions portées par une majorité grandissantes de citoyens et incarnées par des associations qu’il faut soutenir 5.

Avec le temps et au fil des nouvelles générations, la force d’opinion des citoyens, soumise elle à une masse critique, fera mécaniquement changer le publicitaire et le politique à l’écoute de l’air du temps.


  1. http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-ethique-et-numerique-2013-02-16  

  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Fleur_Pellerin  

  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia  

  4. http://fcforum.net/en/sustainable-models-for-creativity/how-to-manual#models  

  5. http://www.laquadrature.net/fr/propositions 

  6. http://www.numerama.com/magazine/24624-les-derives-sur-twitter-contrarient-le-gouvernement.html